La prostitution enfantile dans le monde.

La prostitution enfantine dans le monde

« Aucun pays ne peut se vanter de ne pas connaître l'exploitation sexuelle des mineurs à des fins

commerciales et aucun enfant, de n'importe quelle société, n'est parfaitement protégé. »

(ECPAT, Congrès de Yokohama, déc. 2001)

 

Avant de parler de la prostitution enfantine, il est important de clarifier et d’expliquer quelques questions

liées au phénomène de la pédophilie aussi polémique que complexe. La pédophilie rassemble en

psychiatrie tout ce qui a trait aux relations sexuelles adultes-enfants. Elle peut être hétérosexuelle,

homosexuelle, ou mixte. Elle concerne des hommes comme des femmes de tous âges. Elle peut

coexister avec une sexualité par ailleurs « normale » de l'adulte en cause, ou s'associer à une

impuissance, une anomalie anatomique.

 

Le sentiment pédophile ne fait pas forcément l'objet d'un passage à l'acte, ou pas systématiquement. Le

pédophile, retenu soit par la conscience de l'interdit soit par la peur de la répression, peut tout

simplement se contenter d'images ou de fantasmes érotiques. Cela peut aller de la photographie

d'enfant classique à la pornographie ; des photographies de catalogues pour vêtements d'enfants ou

des photographies familiales à la plage, des reportages sur des peuplades où les enfants vivent nus, ou

encore des représentations artistiques suggestives. Cette consommation d'images peut devenir une

compulsion obsessionnelle et maladive. Cependant, le simple désir de relations sexuelles avec un

enfant entre dans le cadre de la pédophilie.

 

Elle peut aussi dépasser le cadre des relations purement sexuelles, et s'associer à des vexations, des

atteintes à la personne, voire des meurtres. Elle peut être un acte isolé ou une habitude. En tous cas,

elle se manifeste à la société par un désir ou un actetransgressif qui ne respecte pas la norme.

La pédophilie peut s'exercer également au sein des familles dans le cadre de relations incestueuses, ou

d'une fréquentation usuelle des enfants, comme l'école, les mouvements de jeunes, ce que les

psychiatres appellent des « structures facilitant », mais aussi au hasard des rencontres. En fin,

elle peut aussi s'exercer dans le cadre de la prostitution, ce qui est le sujet de notre étude.

L’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales est une des pires formes de travail des

enfants, ainsi qu’une forme moderne d’esclavage. Selon la définition donnée dans la Déclaration du 1er

Congrès mondial contre l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales -tenu à Stockholm

en 1996- on entend par exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales : « toutes formes de

maltraitance sexuelle commise par un adulte et accompagnée d’une rémunération en espèces ou en

nature versée à l’enfant ou à une tierce personne.

 

» Les engagements pris à Stockholm ont été

réaffirmés à Yokohama (Japon), en 2001, lors du 2ème Congrès mondial.

© Fondation Scelles – 2007

Ces fiches sont librement utilisables avec mention de copyright.

 

Etat des lieux

 

Dans le monde,

1 enfant est abusé, violé, torturé, tué toutes les 30 secondes

2 millions d'enfants disparaissent chaque année

433 472 sites pédocriminels ont été recensés au 31 décembre 2005 sur Internet.

Au cours d'une année, un enfant prostitué vend ses services sexuels à 2 000 hommes

L’exploitation sexuelle des mineurs par le biais de la prostitution est un problème séculaire et mondial.

Dans certains pays, surtout en Asie, les relations pédophiles ont existé pendant des siècles, justifiées

par des croyances culturelles. D’après des estimations mondiales de l’Organisation Internationale du

Travail, sur les 12,3 millions de personnes victimes du travail forcé 1,39 million sont victimes de

l’exploitation sexuelle à des fins commerciales et 40 à 50 % d’entre elles sont des enfants. Cependant

le Bureau International des Enfants estime à trois millions les mineurs qui alimentent actuellement les

réseaux de prostitution ; et certaines ONG vont jusqu'à évaluer à 1 million par an le nombre de

nouvelles victimes de ce commerce de plus en plus lucratif.

 

De récents événements, tels la crise économique en Asie et la transition vers une économie libérale et

capitaliste en Europe de l’Est, au Vietnam, en Thaïlande ou à Cuba, ont intensifié le problème. En

conséquence, depuis ces années, il y a eu une forte augmentation de toutes les formes de trafic et de

prostitution d’enfants à des fins sexuelles. De plus, cette « industrie » touche des enfants de plus en

plus jeunes ; il est fréquent de voir des fillettes d’une dizaine d’années se produire sur la scène des sexclubs.

Cette exploitation fait l’objet de réseaux de plus en plus développés prospérant au niveau mondial. Des

études sur la traite et l'exploitation sexuelle en Asie de l'Est montrent que la traite des enfants est

lucrative, parfaitement bien organisée, associée à la criminalité et qu'elle encourage aussi la corruption.

Elle est également transnationale, agit souvent dans l’ombre et est donc difficile à combattre.

D’après les experts de l'industrie touristique, au cours de ces dernières années, le tourisme sexuel

pédophile a connu une très forte augmentation énorme en Asie. Ce phénomène s’explique par

plusieurs raisons : le laxisme des lois et une répression pénale insuffisante, la pauvreté, le manque de

possibilités d'avenir pour les jeunes, le statut inférieur des filles et la discrimination.

 

De son côté, l’Ong ECPAT (End Child Prostitution, Child Pornography and Trafficking of Children for

Sexual Purposes') a noté le nombre toujours croissant de mineurs en marge, et la baisse des prix

pratiqués pour les relations sexuelles avec enfants. Les filles restent de très loin les premières victimes

et l'âge ne cesse de baisser. La hausse constante de la prostitution et de la pornographie enfantines est

de plus en plus facilitée par le développement des nouvelles technologies de communication à travers

le monde, notamment Internet.

 

Victimes de trafic, à l’intérieur même d’un pays ou voyageant d’un pays à un autre, les enfants forcés à

la prostitution, à la pornographie ou à d’autres formes d’exploitation sexuelle sont souvent privés de leur

droit à l’éducation, endurent des abus sexuels et la violence, et deviennent plus vulnérables aux

maladies sexuellement transmissibles comme le VIH.

 

 

Des chiffres alarmants

 

Les chiffres sont naturellement à prendre avec précaution. Ceux que fournit l'Unicef sont cependant les

plus crédibles. (enfants = - de 18 ans)

 

Asie

 

Trafic très organisé et transnational, entre les mains de véritables mafias. La majorité des

exploiteurs sont des Asiatiques.

 

Bangladesh

 

: 10 000 enfants, dont 5 000 à Dacca.

 

Cambodge

 

: un tiers des 50 000 à 70 000 personnes prostituées sont des enfants qui vendent

leur corps dans 3 000 bars, karaokés, salons de massage et maisons closes. Les enfants sont

de plus en plus jeunes, les fillettes ont souvent entre 10 et 14 ans.

 

Chine populaire

 

: on estime qu’il y a entre 200 000 et 500 000 enfants prostitués.

 

Inde

 

: selon l'UNICEF, l'Inde est l'un des pays qui comptent le plus grand nombre d'enfants

prostitués. Selon une étude du magazine

India Today, entre 400 000 et 500 000 enfants se

prostituent en Inde. Dans ce pays, comme dans de nombreux pays asiatiques, les filles

remboursent les dettes contractées par leurs parents.

 

Indonésie

 

: on estime que 100 000 femmes et enfants sont victimes chaque année de la traite.

L'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales est en augmentation et un tiers des

travailleurs du sexe ont moins de 18 ans.

 

Japon

 

: dans ce pays, la prostitution enfantine serait fréquente. Des recherches ont démontré

que la plupart des jeunes filles prostituées ne souffrent pas de problèmes économiques mais

sont « victimes » de la culture de la consommation. Les mineures décident de vendre leur corps

ou de participer à un film pornographique pour s'acheter des produits de luxe ; portables,

chaussures, vêtements. Il s’agit le plus souvent de très jeunes filles qui ont des problèmes soit

dans leur famille soit à l’école.

 

Népal

 

: on estime à 12 000 le nombre d’enfants népalais, des filles en majorité, qui sont

victimes chaque année de l’exploitation sexuelle à des fins commerciales, que ce soit au Népal

ou dans des maisons closes d’Inde ou d’autres pays.

 

Pakistan

 

: 40 000 mineurs dans le commerce sexuel.

 

Philippines

 

: entre 80 000 et 100 000 enfants, en grande majorité des filles, sont victimes de la

prostitution aux Philippines. Elles sont attirées par la promesse d’un emploi dans les bars, mais,

seules et sans papiers, elles disparaissent dans les maisons closes des villes.

 

Sri Lanka

 

: 30 000 enfants, surtout des garçons.

 

Taiwan

 

: 100 000 mineurs soumis à l’exploitation sexuelle.

 

Thaïlande

 

: une étude de l’économie illégale faite par l’Organisation Internationale du Travail

(OIT) en Thaïlande en 1998 estimait que la prostitution représentait 10 % à 14 % du produit

intérieur brut du pays (PIB) en 1998. On pense qu'un tiers des Thaïlandaises prostituées, soit

de 24 000 à 40 000, sont mineures. Parfois enlevées et vendues. Plus d'un quart sont atteintes

par le VIH.

 

Vietnam

 

: 12 000 mineurs prostitués selon l’Unicef . Selon d'autres ONG, les chiffres seraient

beaucoup plus lourds. Plus de 450 enfants vietnamiens de moins de 15 ans ont été envoyés au

Cambodge pour y être prostitués au cours de l'année 2001 (Unicef).

Selon certaines ONG, dans les pays du Mékong (Cambodge, Laos, Birmanie, Thaïlande,

Vietnam et provinces chinoises du Yunnan et du Guangxi), de 30 à 35 % des prostituées ont

entre 12 et 17 ans. Ce commerce donne lieu à un intense trafic d'enfants des minorités

ethniques, des bidonvilles et des camps de réfugiés. Il est alimenté par le tourisme mais aussi

par la clientèle locale.

 

Les routes du trafic d'enfants en Asie du Sud-Est sont :

- du Myanmar vers la Thaïlande

- de Chine méridionale vers la Thaïlande, via le Myanmar

- du Cambodge et du Vietnam vers la Thaïlande

- de Thaïlande et des Philippines vers l'Australie, la Nouvelle-Zélande et Taiwan

- du Népal et du Bengladesh vers l'Inde.

Les routes les plus lucratives de traite d'enfants, organisées par les syndicats du crime vont

d'Asie du Sud-Est vers le Japon et Hawaï, via Hongkong. Le trafic d'Asie du Sud (Inde et

Pakistan) vers le Moyen-Orient est également répandu.

 

Afrique

 

Il existe une prostitution discrète, domestique -, petites bonnes obligées de satisfaire les

"besoins sexuels" de leurs employeurs-. Mais la prostitution organisée augmente, notamment

en Afrique orientale et australe : des fillettes de 12 ou 13 ans sont l'objet de trafics.

La prostitution sévit aussi dans les camps de réfugiés et les armées. De 28 000 à 30 000

enfants de moins de 18 ans, dont environ la moitié ont de 10 à 14 ans, se livrent à la

prostitution en Afrique du Sud.

 

Europe

 

Roumanie

 

 

: 2 000 mineurs victimes de la prostitution. Le tourisme pédophile se tourne

aujourd'hui vers les pays de l'Est : Bucarest, Moscou (place Pouchkine).

 

Pays-Bas

 

: 1 000 enfants sur les trottoirs

 

Italie du Nord

 

: 40 % de la prostitution concernerait des mineurs.

 

Belgique

 

: de toutes jeunes filles albanaises, bulgares ou ukrainiennes âgées de 13 à 16 ans

ont été découvertes à Bruxelles en 2000.

 

France

: des mineurs sont prostitués dans le pays. En 2001, selon la Préfecture de Police, 84

cas on été recensés à Paris. Le nombre atteindrait les 8 000 selon des estimations de 2003. Il

s'agit soit de mineurs français, soit de mineurs clandestins qui arrivent en France dans le cadre

d'un trafic plus ou moins organisé depuis l'Europe de l'Est et l'Europe orientale, mais aussi

depuis l'Afrique, en particulier des pays ravagés par la guerre civile.

La France a renforcé son système législatif concernant la prostitution des mineurs par une loi

du 4 mars 2002 relative à l'autorité parentale stipulant que la prostitution des mineurs est

interdite sur le territoire français. Le client est également sanctionné d'une peine de 3 ans

d'emprisonnement avec 45 000 euros d'amende, si le mineur a plus de 15 ans, et de 7 ans

d'emprisonnement avec 100 000 euros d'amende, si le mineur a moins de 15 ans.

 

Amérique du Sud et Centrale

 

Brésil

 

: l'un des pays les plus touchés par la prostitution enfantine (l'aéroport de Fortaleza voit

l'augmentation constante de ses visiteurs étrangers). Pas de chiffres pour la prostitution, mais

100 000 enfants des rues sont « exposés » à l'exploitation sexuelle. Certaines ONG donnent y

des estimations beaucoup plus lourdes.

 

Colombie

 

: 5 000 à 7 000 enfants à Bogota

 

Venezuela

 

: 40 000 mineurs victimes de la prostitution.

 

Costa Rica

 

: selon les ONG, il y aurait au moins 250 lieux de prostitution de mineurs.

 

 

Amérique du Nord

 

Etats-Unis

 

: entre 244 000 à 325 000 enfants prostitués.

 

Canada

 

: le pays s'alarme de la montée de la prostitution enfantine, notamment parmi les

enfants aborigènes victimes de l'industrie du sexe. Il s’agit là d’une prostitution causée par le

racisme, le manque d’éducation et la pauvreté.

 

Mexique

 

: 16 000 mineurs victimes de la prostitution.

 

Pourquoi un enfant ? Le pouvoir

 

En Asie, les relations sexuelles avec de toutes jeunes filles sont « justifiées » par de nombreux mythes

culturels, tels qu’ « une vierge aide à retrouver sa virilité, la longévité ou à guérir des MST ».

Cependant, l’une des raisons les plus importantes selon les experts est que les exploiteurs sexuels

apprécient la docilité des enfants. Enfant vient du latin

infans, qui ne parle pas, qui en est incapable.« Contrairement aux femmes européennes, elles font tout ce qu'on leur demande », expliquait un clientde fillettes malgaches à un journal local. Les enfants sont moins en mesure de se défendre que les

adultes. Il est donc toujours plus facile d'abuser d'un enfant que d’un adulte. Les clients profitent de la

situation pour apparaître à leurs propres yeux comme économiquement, socialement et sexuellement

puissants, en échappant aux femmes adultes de leur pays, qui sont perçues comme menaçantes parce

qu'elles ont la liberté de refuser un acte sexuel.

 

C’est également l’occasion d'exercer une forme de vengeance contre l'autorité de leur propre pays avec

ses interdits et ses contraintes en matière sexuelle. Ainsi, leur passage à l'acte est facilité par plusieurs

facteurs :

- sentiment de pouvoir ressenti par certains touristes occidentaux du fait de leur supériorité

économique,

- désir de nouvelles expériences,

- absence de contraintes morales et sociales qui régissent la vie quotidienne dans le pays d'origine,

- sentiment d'impunité lié à l'anonymat,

- indifférence portée au partenaire.

Interrogée par la revue

Lien Social (« Comment lutter contre la prostitution des mineurs », 20 décembre

2001) Malika Nor, éducatrice spécialisée dans la réadaptation sociale des victimes expliquait que, selon

plusieurs spécialistes, les abuseurs sexuels des enfants «

semblent moins motivés par la sexualité en

elle-même que par le sentiment de pouvoir et de contrôle que leur procure une relation avec un mineur.

Imposer sa sexualité, c'est aussi imposer son pouvoir ».

 

Le racisme n'est pas absent de leur comportement : vision des petites Africaines comme hypersexuelles

ou sauvages, des petites Asiatiques comme « expertes » sexuellement. En réalité, il s'agit

plus prosaïquement, d'enfants qui ont déjà été largement abusés sexuellement.

 

La justification

 

L'adulte peut aussi faire un déni de son acte, souvent par des constructions mentales qui visent à

accréditer la thèse d'un désir de l'enfant ou d'un consentement supposé, visant à qualifier l'acte comme

normal et naturel : « je n'avais pas conscience de faire du mal ». Ainsi justifié, l'acte pédophile peut se

reproduire sans aucune mauvaise conscience, voire avec l'idée (assez fréquente) que cela fait du bien

à l'enfant . C'est l'argument alimentaire souvent entendu. Vu la pauvreté de ces pays, tous ces enfants

ça les aide à vivre. «Ils sont très pauvres, c'est un acte de générosité... il vaut mieux ça que mourir de faim ». Il est étonnant

de constater combien les touristes du sexe sont convaincus d'avoir contribué au

développement économique d'un pays pauvre en donnant de l'argent à un mineur prostitué.

 

Outre l’argument économique, ces hommes disposent d'une panoplie d'excuses « justifiant » leurs

actes : les jeunes ont choisi la prostitution de leur plein gré, la culture des pays d'accueil est plus libre

que celle des pays occidentaux, les filles y sont plus précoces. « Ne cherchez pas plus loin, les enfantsasiatiques ont en eux une fibre amoureuse, une sexualité à fleur de peau » a déclaré un architecte,client du tourisme sexuel en Asie. Ainsi, ils jouent la carte du Relativisme culturel en affirmant que lamorale n'est ni absolue ni universelle. Ainsi les clients de la prostitution enfantine affirment que, mêmesi en Europe, toute relation sexuelle avec un enfant est considérée comme un abus, il ne faut pas juger

avec la morale occidentale puisque dans les pays asiatiques les enfants sont initiés au sexe très tôt.

 

Certains touristes du sexe qui ont admis avoir eu des relations sexuelles avec un enfant ont déclaré que

cela leur avait semblé tout naturel dans le contexte étranger où ils se trouvaient.

 

Les types de « clientèle »

 

Les clients de la prostitution de mineurs ne constituent pas un groupe homogène. D’une part, il y a la

clientèle « exclusivement » pédophile, locale et étrangère (tourisme sexuel); et d’autre part, il y a des

hommes qui ont recours à la prostitution sans se poser la question de l’âge de leur partenaire. Il faut

donc distinguer les clients abuseurs « par choix » des abuseurs « opportunistes », puisqu’il existe des

pédophiles au sens strict, des hommes qui ne sont attirés sexuellement que par des enfants, et il y a

aussi de nombreux hommes « ordinaires » qui finissent par avoir des rapports sexuels avec des enfants

soit par commodité (c’est incroyablement facile dans quelques pays) soit par curiosité.

 

L'acte circonstanciel

 

Parfois le passage à l'acte est circonstanciel. Il s’agit d’un homme qui peut éventuellement être client

de la prostitution adulte et qui n'a nullement cherché à réunir les conditions de ce passage à l'acte avec

des jeunes mineurs. Il dit s’être simplement « laissé aller », sans avoir spécialement conscience de

désirs pédophiles, dérapant devant un enfant « séducteur ». Dans le cadre du tourisme sexuel, lequel

se déroule notamment dans les pays asiatiques, le passage à l'acte est facilité par l'apparence de

spontanéité des rencontres sur les plages, dans les bars, etc. Les passes ne se présentent pas comme

telles.

 

Le client habituel

 

Beaucoup de destinations touristiques sont perçues comme des paradis exotiques, terres d'aventures,

entre autre sexuelles. Ainsi des touristes américains, européens, australiens et japonais voyagent

chaque année dans les pays exotiques d'Asie pour satisfaire leurs pulsions sexuelles avec des enfants.

Mais, comme les pédophiles sont conscients de l’illégalité de leurs actes, ils s'organisent

clandestinement avec l’appui de réseaux internationaux puissants et très développés. Les organisations

encouragent ces « touristes » à voyager, en Asie et ailleurs, pour abuser d'enfants, plutôt que le faire

dans leur propre pays où ils courent plus de risques. Dans les villes où ils se rendent, ils trouvent des

adresses utiles, des maisons sûres, des avocats serviables, des intermédiaires locaux. Et pour ceux qui

ne font pas partie de ces organisations ou qui ne participent pas à ces organisations il y a également

des guides et des prospectus publicitaires qui conseillent les endroits à visiter et toutes les informations

nécessaires y compris les ruses pour échapper à la police.

 

Les types de pédophiles

 

En fonction de son comportement face à l’enfant prostitué et le style de vie en dehors de l’exploitation

sexuelle de mineurs, il y a trois types de pédophiles :

 

Les pervers

 

Il existe des structures de personnalité particulièrement perverses, au sens psychiatrique. Il s'agit de

sujets qui n'intègrent pas les interdits sociaux ou qui les contestent. L'acte pédophile peut être un

moyen de transgression sociale, volontaire et délibérée, il est revendiqué. Ces pédophiles ont souvent

un discours parfaitement structuré, voire prosélyte, pour justifier leur conduite, présentée comme

éducative et saine pour l'enfant. Le pervers pédophile recherche volontairement la relation sexuelle

avec un ou des enfants, parfois de façon systématique, soit dans son propre pays soit dans le cadre du

tourisme sexuel.

 

Les psychopathes

 

Outre les pédophiles présentant une personnalité névrotique, psychotique ou perverse, il existe aussi

des pervers sadiques, capables d'atteintes physiques graves envers les personnes, voire de meurtre.

Peu d'entre eux s'attaquent aux enfants, même si les cas de ce genre provoquent une émotion

considérable, ils restent en réalité exceptionnels. Les psychiatres les considèrent d'abord comme des

psychopathes, auteurs de crimes sexuels (Marc Dutroux), et non comme des pédophiles au sens strict,

même quand les enfants sont leurs victimes préférentielles.

 

Les « Monsieur tout le monde »

 

A côté de ce qu’on peut nommer « pédophile à temps plein », il existe d'autres groupes clients de la

prostitution des mineurs qui ne peuvent pas être qualifiés de pédophiles au sens clinique du terme,

puisqu’ils partagent ces « activités » avec une vie sexuelle dite « normale ». Ce sont des hommes et

des femmes, de 25 et de 70 ans. Il y a des personnes qui se sentent attirées par les enfants de leur

sexe, du sexe opposé, ou par les deux. Loin de leurs valeurs morales et familiales, loin de leurs règles

sociales, s’ils commettent des actes pédophiliques à l'étranger, c'est davantage pour essayer ce qu'ils

n'auraient jamais imaginé auparavant, par « goût de la nouveauté ». Ce sont des hommes (et aussi des

femmes) qui se laissent tenter par la relation sexuelle avec un enfant, poussés par l’envie d'originalité

pour quelques dollars, dans une terre lointaine permettant tout libertinage. Après, ils retournent aux

« sociétés civilisées » d'où ils viennent pour continuer leur vie quotidienne, pour la plupart, comme des

citoyens irréprochables.

 

Les causes de l’exploitation sexuelle des mineurs

 

Le plus souvent, les enfants prostitués sont originaires des pays pauvres. Ils sont volés à leur famille,

ou achetés à bas prix contre la promesse d'un travail, pour la plupart violés et contraints à se prostituer.

Les enfants des rues sont aussi des proies faciles pour les pédocriminels, pourvoyeurs d'enfants pour

les réseaux pédophiles. Presque toujours ces enfants échappent aux contrôles des services sociaux et

sanitaires.

 

En conséquence, la grande pauvreté des pays du Tiers-Monde, l'accroissement des inégalités à

l'échelle planétaire, les guerres, les exodes de population sont des facteurs de développement de la

prostitution des enfants. Les enfants prostitués font partie du cortège des enfants des rues qui se

comptent par milliers dans les grandes métropoles de tous les continents, là où la misère, l’exode rural,

l’abandon, la violence au sein des familles les ont poussés dans la rue pour survivre ou faire vivre leur

famille. Les parents sont souvent forcés de vendre leurs filles ou leurs fils à des souteneurs, car même

s’ils travaillent, leur maigre salaire ne suffit pas pour nourrir leur famille et ce sont les enfants qui, au lieu

d’aller à l’école, doivent compléter l’argent des parents pour être nourris. De plus, l’abandon et la

violence sont le lot quotidien de ces enfants.

 

Par conséquent, on peut bien dire que la cause principale de la prostitution est la pauvreté, cependant

l'extrême pauvreté n'est pas une raison en soi ; elle opère en fonction de la superposition d’autres

facteurs. On peut citer comme causes de la prostitution enfantine :

- pauvreté

- disparités économiques, sociales, ethniques

- discrimination à l'égard des femmes et des filles

- urbanisation massive

- désintégration de la famille et des système traditionnels communautaires

- ignorance de la majorité des parents

- mercantilisation du statut des individus

- complaisance générale quant à l'exploitation sexuelle : la « nature », la « culture ».

 

Les conséquences pour l’enfant

 

« Le trafic et l’exploitation sexuelle privent les enfants de leur dignité et mettent en péril leur sécurité,

leur santé et leur éducation »,

 

a déclaré Ann M. Veneman, Directrice générale de l’Unicef. Les enfants

exploités sexuellement dans la prostitution sont des enfants déscolarisés, marginalisés, rejetés par

leurs proches, marqués à vie, physiquement et psychologiquement. Profondément traumatisés

psychologiquement, ils présentent des troubles du comportement liés, entre autres, à une toxicomanie

par solvants. Qu’ils soient d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine ou, depuis peu, d’Europe de l’Est, les

enfants prostitués présentent les mêmes symptômes. Ils sont profondément traumatisés et marqués par

de graves séquelles physiques.

 

La violence est le lot quotidien de ces enfants exclus socialement, abandonnés ou vendus par leur

famille. En plus de la violence, les enfants souffrent de douleurs musculaires, d’infections diverses et

certains meurent du sida et d’autres MST (Maladies Sexuellement Transmissibles), faute de soins car

les traitements coûtent trop chers. Tous ces enfants ont une relation difficile avec le monde adulte dont

ils n’ont connu que la domination et l’exploitation, ils se réinsèrent difficilement dans la vie quotidienne

et tous n’ont pas la chance de pouvoir s’en sortir. Ils ont également de gros problèmes de sousdéveloppement

intellectuel car ils n’ont pas été scolarisés.

 

Ainsi, parmi les conséquences les plus marquantes, on peut citer :

- troubles de santé physique et mentale irréversibles

- méfiance et haine de l'adulte

- troubles sexuels compulsifs

- séquelles physiques de tortures

- MST, sida : les proxénètes proposent des enfants de plus en plus jeunes, notamment des filles. L'une

des raisons en est la crainte du sida. Les enfants sont particulièrement exposés au risque de sida.

Comment auraient-ils assez d'autorité pour imposer à leurs clients le port du préservatif ?

- grossesses précoces, avortements à répétition

- toxicomanie : beaucoup ont recours à la drogue pour endurer leur esclavage.

L'expérience d'une sexualité trop précoce, liée à une exploitation, à des rapports de force et de

violence, a des conséquences très graves. Si l'enfant n'a pas les moyens de dire la violence qu'il a

subie, il court le danger de voir cette violence se tourner contre lui-même ou contre autrui.

 

A qui profite le crime ?

 

La prostitution des enfants rapporte beaucoup d’argent, et à moindre risque. Cette activité criminelle

florissante nourrit une importante chaîne d'intermédiaires : trafiquants, financiers, spécialistes du

marketing, tous capables de corrompre policiers et politiciens à coup de contrebande, de faux

passeports et de pots-de-vin. Ce commerce est le plus souvent entre les mains des mafias

internationales qui contrôlent notamment le commerce de la drogue que consomment les enfants pour

survivre à une torture quotidienne.

Ces intermédiaires comprennent « les recruteurs, les transporteurs, les propriétaires de maisons

closes et les proxénètes, mais aussi le personnel hôtelier, les chauffeurs de taxi, les agents de police,

les fonctionnaires, les voisins et les parents », énumère le rapport de l'UNICEF réalisé pour le 2ème

Congrès contre l'exploitation sexuelle des enfants (Yokohama, décembre 2001). «

La chaîne qui lie unenfant à celui qui l'exploite peut être longue de milliers de kilomètres », relate l'enquête qui regroupe

des témoignages, expériences et initiatives de pays très divers, des plus riches aux plus pauvres. Tous

hébergent des trafiquants du sexe.

 

Lutte contre la prostitution enfantine

 

Les États parties à la Convention relative aux droits de l’enfant (1989) s’engagent

à protéger l’enfant contre toutes les formes d’exploitation et de violence sexuelles,

y compris l’exploitation à des fins de prostitution ou de production de matériel pornographique

(article 34)

 

De plus en plus de pays prennent conscience des dimensions alarmantes de l'exploitation sexuelle

commerciale des enfants. Selon l’ONG ECPAT, auteur d'un rapport avec ses 60 représentations

mondiales pour le Congrès de Yokohama (décembre 2001), certains pays ont entrepris de gros efforts :

- en Europe occidentale : particulièrement 9 pays, Allemagne, Autriche, Espagne, Finlande, France,

Italie, Norvège, Pays-Bas, Suède et Royaume-Uni

- en Asie du Sud et de l'Est : Cambodge, Népal mais aussi Sri Lanka, Philippines et Thaïlande

- Caraïbes : République Dominicaine

- Afrique : Afrique du Sud, Ile Maurice, et dans une moindre mesure Angola, Madagascar et Kenya

- Amérique du Nord : Canada (« plusieurs efforts »)

- Amérique Latine : Brésil

- Pacifique : Australie

ECPAT adresse en revanche un carton rouge à certains Etats : Singapour, Malaisie, Bahamas, Cuba,

Dominique, Grenade, Haïti, Sainte-Lucie et aux Etats-Unis.

 

Qui est Ecpat ?

 

End child prostitution, child pornography and trafficking in children for sexual purposes.

Il s’agit d’une organisation visant à mettre un terme à la prostitution, à la pornographie et au trafic des

enfants à des fins sexuelles . L’ONG a été créée en 1988 à Bangkok. Composée de 55 représentations,

elle est présente dans 16 pays.

 

Les mesures à prendre

 

Cadre légal

 

Des mécanismes d’intervention, visant notamment à créer, à appliquer et à mettre en oeuvre des

cadres juridiques adéquats permettant de protéger les enfants et de poursuivre les coupables, sont

essentiels. Les lois doivent punir ceux qui achètent les services sexuels d’enfants ; les enfants qui se

prostituent sont des victimes et ne doivent pas être traités comme des criminels.

 

Les médias

 

Ils peuvent aider à protéger les enfants en informant des dangers de l’exploitation sexuelle et des

peines encourues par les coupables. Les médias peuvent contribuer pour beaucoup à mobiliser

l’opinion publique dans la lutte contre l’exploitation sexuelle.

 

L’entourage

 

Les enseignants et les responsables communautaires peuvent travailler à informer les enfants de leurs

droits et des meilleurs moyens de se protéger. Leur vulnérabilité est moindre lorsqu’ils savent comment

éviter certains risques, comment se protéger et à qui s’adresser pour obtenir de l’aide.

 

Prévention et réinsertion

 

La fréquentation d’un établissement scolaire protège les enfants, notamment les filles. Cela permet de

réduire leurs risques et leur vulnérabilité. Les enfants peuvent également avoir besoin d’aide pour se

soustraire à des situations d’exploitation sexuelle à des fins commerciales, accéder à des soins

médicaux et psychosociaux adéquats, trouver des solutions à long terme et, dans la mesure du

possible, retrouver leur famille.

 

Dans le cadre international

 

Il est indispensable de réduire les écarts économiques entre les pays du Nord et les pays du Sud, faire

appliquer la Convention Internationale des Droits de l'Enfant et aider à la ratification de toute

Convention condamnant l'exploitation sexuelle des enfants.

 

Exemples d’actions de l’UNICEF

 

À l’échelle internationale

 

 

, l’Unicef, l’Organisation mondiale du tourisme et ECPAT International ontlancé un Code de conduite pour la protection des enfants contre l’exploitation sexuelle dans le secteurdu voyage et du tourisme. Ce projet vise à faire participer activement l’industrie du tourisme à la luttecontre le tourisme sexuel impliquant des enfants.

 

En Indonésie, des interventions pilotes contre l’exploitation sexuelle et le trafic d’enfants effectuées en

2005 par l’Unicef dans deux quartiers de Java (ouest et centre) visaient à sensibiliser aux risques de

l’exploitation sexuelle et du trafic d’enfants. Ces projets ont contribué à renforcer les moyens dont

disposent les parents, les responsables communautaires, les forces de l’ordre, les décideurs et les

prestataires de services pour protéger les enfants.

 

En Afrique du Sud, l’Unicef a contribué à sensibiliser la population au problème de la pornographie

enfantine en apportant un soutien technique et financier à la Conférence nationale sur la pornographie

enfantine, tenue en mai 2005. Cette conférence a mené à l’adoption d’un Plan d’action pour

l’élimination de la pornographie enfantine.

 

L’Unicef travaille à l'échelle nationale et internationale pour combattre l'exploitation des enfants. Au

niveau mondial, l’Unicef plaide pour la ratification et la mise en oeuvre des lois internationales qui

protègent les enfants contre les mauvais traitements. Au niveau national, l’Unicef travaille avec les

gouvernements, les ONG et les communautés pour combattre l'exploitation des enfants.

 

Le Congrès de Yokohama (déc. 2001)

 

Le 2e Congrès mondial « contre l'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales » s'est tenu

à Yokohama (Japon) du 17 au 20 décembre 2001. La présence de 119 gouvernements – 3 000

participants - atteste d'une prise de conscience croissante. Il a fait suite au Congrès de Stockholm

(1996) où 122 pays s'étaient engagés à prendre des mesures. En 2001, 34 d'entre eux seulement

avaient élaboré un plan national d'action, et 26 affirmaient réellement y travailler. Yokohama a souligné

avant tout la hausse des trafics d'enfants et l'explosion de la pornographie mettant en scène des

mineurs sur internet.

 

La Déclaration finale appelle :

- à renforcer les décisions prises lors du Congrès de Stockholm

- à élargir la protection des mineurs à toutes les formes de violences sexuelles, y compris non

commerciales : inceste, viols intra-familiaux, mariage précoce, mutilations génitales, travail des enfants

(qui est un passage classique vers la prostitution : dans plus de 60 % des cas, une petite fille qui

travaille dans une usine se retrouvera prostituée)

- à appliquer effectivement la Convention des Droits de l'Enfant de 1989, un texte que seuls les Etats-

Unis et la Somalie n'ont toujours pas ratifié.

La communauté internationale peine à s'entendre sur le renforcement de la lutte contre la vente

d'enfants et leur exploitation sexuelle par la prostitution ou la pornographie. Certains Etats américains et

européens ainsi que l'Australie soutiennent le point de vue de l'Unicef qui veut criminaliser toutes les

formes d'exploitation sexuelle des mineurs de 18 ans. Mais d'autres s'y refusent, car ils ont adopté des

lois établissant différents âges de consentement aux activités sexuelles.

Canada, USA, Thaïlande, Belgique, Espagne, Italie = 18 ans

Irlande = 17 ans

Pays-Bas, Belgique, Royaume-Uni, Suisse = 16 ans

France, Danemark = 15 ans

Allemagne, Autriche = 14 ans

Japon = 13 ans

 

Cette majorité sexuelle est souvent plus précoce que la majorité civile. Or, de nombreux pays fondent

leur législation de protection de l'enfant contre l'exploitation sexuelle sur l'âge du consentement. Une

situation critiquée par les défenseurs des droits de l'enfant, pour qui l'âge retenu est trop bas et la

protection très limitée. Toutefois, la Convention relative aux droits de l'enfant place la barre assez haut.

Selon elle, un enfant est « tout être humain âgé de moins de 18 ans ». En plus, 21 pays, dont la France,

possèdent aujourd'hui des lois qui permettent de juger les pédophiles dans leur pays d'origine. 33 pays

ont lancé des plans d'action nationaux.

 

Les textes internationaux

 

Les textes de l'ONU

 

- Convention Internationale des droits de l'enfant - 1989

Article 34 : «

Les Etats parties s'engagent à protéger l'enfant contre toutes les formes d'exploitation

sexuelle et de violence sexuelle ».

 

- Traité international sur la vente des enfants, la prostitution des mineurs et leur exploitation à des fins

pornographiques - entré en vigueur début 2002 (protocole en option à la convention de 1989)

- Programme d'action sur la vente d'enfants, la prostitution enfantine et la pornographie enfantine,

adopté par la Commission des Droits de l'Homme de l'ONU (1992)

 

Les textes européens

 

- Recommandation du Conseil de l'Europe aux 43 Etats membres pour adopter 75 mesures afin

d'éliminer la pornographie et la prostitution enfantines ainsi que la traite d'enfants. (novembre 2001)

- Résolution européenne Congrès de Yokohama (décembre 2001)

- Convention sur la cybercriminalité du 23 novembre 2001 (article 9)

 

Enfants : les lois en France

 

La France a ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant (1989) le 7 août 1990.

Les infractions sexuelles sur des mineurs dans un cadre commercial

Les enfants peuvent être victimes d’agressions sexuelles. Celles-ci supposent l’emploi de la violence,

de la contrainte ou de la surprise. Leur régime juridique est défini aux articles 222-22 à 222-30 et

222-44 à 222-48-1 CP. Le viol est réprimé par une peine de réclusion criminelle de 15 ans et de 20 ans

lorsqu’il est commis sur un mineur de 15 ans. Des circonstances aggravantes peuvent étendre la peine

jusqu’à la réclusion à perpétuité. Les autres agressions sexuelles sont punies de 5 ans

d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende si elles sont commises sur des mineurs de plus de 15

ans et de 7 ans d’emprisonnement et de 100 000 euros d’amende si les victimes ont moins de 15 ans.

Là encore, il existe des circonstances aggravantes susceptibles de porter la peine à 10 ans

d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende. De plus, le fait par un majeur, d’exercer sans violence,

contrainte, menace ni surprise une atteinte sexuelle sur la personne d’un mineur de 15 ans est puni de

5 ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende (article 227-25 CP). Des circonstances aggravantes

peuvent porter la peine à 10 ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende. Quant au fait de

favoriser ou tenter de favoriser la corruption d’un mineur, il est puni de 5 ans d’emprisonnement et de

75.000 euros d’amende allant jusqu’à 7 ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende lorsque le

mineur a moins de 15 ans (article 227-22 CP). Dans le droit antérieur, le versement d’une rémunération

était une circonstance aggravante de l’atteinte sexuelle commise sur un enfant de moins de 15 ans

(article 227-27 CP). La peine était alors portée à 10 ans d’emprisonnement et 1.000.000 francs (150

000 euros) d’amende. Cette disposition permet de poursuivre les clients de prostitué(e)s mineur(e)s de

moins de 15 ans. Si le mineur a plus de 15 ans, l’achat de « services sexuels » était alors assimilé à la

corruption de mineur de l’article 227-22 CP. La loi n° 2002-305 du 4 mars 2002 relative à l’autorité

parentale a apporté des modifications en ce qui concerne l’achat de « services sexuels » auprès de

mineur(e)s. L’article 13 paragraphe 1 de la loi proclame que «

la prostitution des mineurs est interditesur tout le territoire de la République ». Il ne s’agit en aucun cas de

considérer le mineur comme undélinquant, mais bien au contraire comme un enfant en danger relevant de la

protection du juge desenfants au titre de la procédure d’assistance éducative. L’énoncé de cette interdiction vise le

comportement des proxénètes et des clients. Ainsi, tout individu payant un mineur pour une relation

sexuelle avec lui est désormais susceptible de poursuites pénales. L’article 13 de la loi crée une

nouvelle infraction réprimant le recours à la prostitution des mineurs, y compris ceux de 15 à 18 ans. Ce

délit est constitué, selon l’article 225-12-1 CP, par « le fait de solliciter, d’accepter ou d’obtenir, en

échange d’une rémunération ou d’une promesse de rémunération, des relations de nature sexuelle de

la part d’un mineur qui se livre à la prostitution, y compris de façon occasionnelle ». La peine encourue

par le client est de 3 ans d’emprisonnement et de 45.000 euros. Celle-ci est portée jusqu’à 7 ans

d’emprisonnement et 100.000 euros d’amende lorsque le délit est commis à l’encontre d’un mineur de

moins de 15 ans (art . 225-12-2 CP). Depuis 1998, l’ensemble des infractions sexuelles sur des mineurs

est susceptible de poursuites même lorsqu’elles sont commises à l’étranger par un Français ou une

personne résidant habituellement sur le territoire français (article 222-22, 225-12-1 et 225-12-2 CP). De

plus, les auteurs des infractions, commises en France ou à l’étranger, encourent également des peines

complémentaires telles que l'interdiction des droits civiques, civils et de famille, la suspension ou

l'annulation du permis de conduire, l'interdiction de quitter le territoire de la République française…

(articles 222-44 à 222-48 et 227-29 CP)

. Ils peuvent aussi être condamnés à un suivi socio-judiciaire

(article 222-4 CP).

 

Le proxénétisme à l’égard de mineurs

 

Le proxénétisme est interdit à l’égard des mineurs comme des majeurs. Il se définit de la même façon

dans les deux cas. Le proxénétisme à l’encontre de mineurs est réprimé dans la section générale

consacrée au proxénétisme. Toutefois, constituant une circonstance aggravante du proxénétisme, il est

plus sévèrement puni. La peine est alors de 10 ans d’emprisonnement et 1.500.000 euros d’amende

(article 225-7 CP). La loi du 4 mars 2002 a introduit une nouveauté en la matière. Le proxénétisme à

l’égard de mineurs, qui jusqu’alors était un délit, devient un crime lorsqu’il est commis sur un mineur de

moins de 15 ans. Cette infraction est alors punie de 15 ans de réclusion criminelle et de 3.000.000

euros d’amende.

 

Enfants, adultes : un scandale, un métier ?

 

Un sondage Ipsos réalisé en France fin 2001 pour l'Unicef montrait que, pour 3 Français sur 4, le

tourisme sexuel est clairement associé aux enfants. La prise de conscience de l'exploitation des enfants

est positive. Mais on peut s'inquiéter de "l'oubli" qui concerne les femmes adultes, dont beaucoup ont

commencé à être exploitées dès l'enfance. Avoir passé la date fatidique des 18 ans suffit-il à

transformer un scandale en une banalité ?

 

La première urgence est bien entendu de protéger les enfants contre toute forme d'exploitation

sexuelle. Mais à condition de ne pas en oublier purement et simplement les personnes prostituées de

plus de 18 ans qui, ce cap passé, verraient le scandale de leur exploitation mué en métier légitime. Or,

c'est la logique actuellement en jeu. Beaucoup de défenseurs des enfants semblent considérer que tout

devient normal au jour de leurs 18 ans. Cessent-ils pour autant d'être exploités ? Le comportement de

leurs clients, indifférents à leur histoire, leurs contraintes, en devient-il légitime ? Beaucoup de

personnes prostituées adultes ont commencé alors qu'elles étaient mineures. Beaucoup ont été

amenées à cette réalité par un itinéraire de violences subies. Faut-il l'oublier parce qu'elles ont franchi la

barre de la majorité ? Peut-on raisonnablement continuer d'encourager les « clients » à consommer des

corps et s'étonner qu'ils franchissent de plus en plus souvent la limite ? Banaliser la prostitution adulte

ne peut avoir pour conséquence que l'extension de la prostitution enfantine : en confortant les

comportements d'exploiteur du corps d'autrui ; en encourageant le développement de l'industrie du sexe

et toutes les formes de tricherie sur l'âge, B.A BA du « métier » de proxénète et en encourageant une

consommation qui, en toute logique, appelle le changement, la nouveauté et la transgression des

valeurs de la société moderne.

 

BIBLIOGRAPHIE

 

- « Comment lutter contre la prostitution des mineurs ? », Lien Social, 20 décembre 2001

http://archive.lien-social.com/dossiers2001/601a602/602-2.htm

- Association Contre la Prostitution des Enfants ; http://www.acpe-asso.org;

- Ecpat International (End Child Prostitution, Child Pornography and Trafficking in Children for sexual

purposes); http://www.ecpat.net/fr/index.asp;

- UNICEF United Nations Children’s Fund

http://www.Unicef.fr/mediastore/7/2300-4.pdf?kmt=3c60d1ede66353f44026193d234dcabc

- http://www.innocenceindanger.org/; (mouvement mondial de protection des enfants)

- Rapport de l'UNICEF réalisé pour le 2ème Congrès contre l'exploitation sexuelle des enfants (17 au 20

décembre 2001 à Yokohama).

© Fondation Scelles – 2007

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Fondation Scelles – juillet 2007

Préparé par Leonardo Plasencia