Férouze Bendouiou, une vie passée à chercher sa soeur, disparue de l'Isère.

Résultat de recherche d'images pour "logo le figaro"  PORTRAIT - La chambre d'instruction de Grenoble a décidé de rouvrir l'enquête concernant Charazed Bendouiou, volatilisée en 1987 à Bourgoin-Jailleu. Sa grande soeur se bat depuis 30 ans pour que l'affaire ne sombre pas dans l'oubli.

Ferouze Bendouiou avait 11 ans quand sa petite soeur a été enlevée

 

De notre envoyée spéciale dans les Hautes-Alpes

C'est comme ça qu'on vit «quand on ne vit pas.» Férouze Bendouiou nous reçoit dans sa maison, accrochée à un rocher dans un petit village des Hautes-Alpes. Elle aura bientôt 40 ans, dont 30 passés à chercher à résoudre l'énigme de la disparition de sa petite soeur. Charazed est l'une des disparus de l'Isère, expression consacrée pour désigner le regroupement d'une dizaine d'affaires de disparitions ou de meurtres dans les années 80. «Pour moi le temps s'est arrêté le 8 juillet 1987», le jour de l'enlèvement de Charazed, raconte Férouze.

Cet après-midi là, Férouze, 11 ans, regarde des dessins animés à la télé. Elle refuse d'accompagner sa petite soeur jouer au pied de leur HLM à Bourgoin-Jailleu, en Isère. Charazed sort alors toute seule, descend la poubelle en passant. C'est la toute première fois de sa vie qu'elle a l'autorisation de sortir sans sa grande soeur. La fillette de 10 ans ne reviendra jamais.

Que lui est-il arrivée? Cette question est depuis restée en suspens. «Dans les heures qui ont suivi sa disparition, ma mère et moi sommes allées la chercher chez des voisins, dans le quartier. Je râlais, je ne comprenais pas. Je me souviens je disais ‘quand on va la retrouver je lui passerai un savon'», raconte Férouze Bendouiou. La police tarde à arriver, croit d'abord à un canular. Pendant 15 jours, c'est le branle-bas de combat dans le quartier. «Je voyais tout ça avec mes yeux d'enfant, je découvrais des concepts dont je n'avais jamais entendu parlé. On me parlait de pédophilie, de prédateur sexuel, de ravisseur… Je ne savais même pas que tout cela existait. Ma vie, qui était douce et heureuse, est brutalement devenue un enfer», poursuit Férouze. «Plus aucun d'entre nous ne pouvait sortir seul, on a passé l'été tous cloîtrés chez nous.»

«J'en étais à me demander si ma soeur avait vraiment existé»

Dans la torpeur des mois d'été, l'activité dans les commissariats et rédactions vire au ralenti, et la disparition de la fillette passe alors quasiment inaperçue dans le reste du pays. Dans les années 80, pas d'alerte enlèvement ou de chaîne d'information en continu. Mal conseillés, les parents de Charazed ne portent pas plainte, car on leur explique que cela pourrait «se retourner» contre l'enfant. «Les seuls journalistes à être venus nous voir sont une équipe de FR3, complètement par hasard. Ils étaient dans la région pour des inondations et ont entendu parlé de l'affaire», raconte Férouze. Un temps précieux est perdu, laissant doucement le mystère s'épaissir.

Les 30 ans qui vont suivre ne seront qu'une suite de ratés judiciaires, de bévues, de «mépris» pour la famille. «Nous n'avons jamais connu ailleurs un tel niveau de mépris social à l'égard des familles», résume Me Didier Seban, l'avocat aujourd'hui chargé du dossier.

Comment construire sa vie quand on est rongée par une absence aussi omniprésente? «Je suis spectatrice de ma vie depuis juillet 1987. J'ai vu des psys, car parfois j'en étais à me demander si ma soeur avait vraiment existé», confie Férouze. «J'ai quelques moments de bonheur, avec mes enfants, notamment, mais ça n'a pas le même goût. Avec mes enfants, je suis la pire des mères poules. Je n'ai jamais lâché la poussette de mon fils une seule fois, ou alors je le tenais par le pied. Je lui ai mis des grelots pour pouvoir l'entendre en permanence quand il est devenu plus turbulent. Dans un square, je suis pire qu'un prédateur, mes yeux ne quittent jamais, à un seul instant mes enfants. Je les fixe comme il n'est pas possible de fixer.»

C'est dans les années 2000 que Férouze devient dans la famille celle qui se charge de faire pression auprès de la justice. Ses parents, originaires du Maghreb, se sentent peu armés pour ce combat. «C'est le seul moyen que j'ai trouvé pour mettre un pansement sur ma douleur. Ça va faire bientôt 30 que ma soeur a disparu, mais pour moi c'est comme si c'était hier. J'ai rencontré le père d'Estelle Mouzin, peu de temps après sa disparition. Quand je lui ai dit que je cherchais ma soeur depuis 15 ans, il était choqué, je sentais qu'il espérait ne jamais se retrouver à ma place. Et aujourd'hui pourtant, cela fait bientôt 13 ans qu'Estelle a disparu», poursuit Férouze.

La famille Bendouiou se réjouit de la réouverture de l'enquête, caressant toujours l'espoir de pouvoir enfin savoir ce qui est arrivé à Charazed, notamment grâce aux avancées de la science et des découvertes obtenues grâce aux analyses ADN. L'affaire des disparues de Perpignan ou encoredes meurtre de l'A6 ont ainsi connu des avancées significatives grâce à ces analyses. Férouze ne croit toutefois pas que sa soeur soit encore en vie. «Je pense qu'elle est morte. Mais j'aimerais lui permettre de reposer en paix. Mes parents attendent eux toujours son retour, ils s'imaginent qu'une petite fille de 10 ans va frapper à la porte, un matin, ‘coucou je suis revenue'.»

Vous êtes peut-être en possession d'informations pouvant faire avancer l'enquête. Contactez la gendarmerie ou l'association N'oubliez pas Charazed.

 

L'affaire des disparus de l'Isère officiellement relancée.

 

 

Résultat de recherche d'images pour   Deux juges d'instruction vont relancer les enquêtes concernant Charazed Bendouiou, 10 ans, disparue en 1987, Ludovic Janvier, 6 ans, disparu en 1983 et Grégory Dubrulle, enlevé à Grenoble en 1983 et ayant miraculeusement survécu.

 

C'est l'histoire d'un dossier perdu, ouvert, fermé, puis réouvert. La cour d'appel de Grenoble a ordonné mardi 23 juin la réouverture de trois affaires de disparition d'enfants datant des années 80 en Isère. Il s'agit des enquêtes sur les disparitions de Charazed Bendouiou, 10 ans, le 8 juillet 1987 à Bourgoin-Jallieu, de Ludovic Janvier, 6 ans, le 17 mars 1983 à Saint-Martin d'Hères et de Grégory Dubrulle en juillet 1983. Alors âgé de 8 ans, ce dernier avait été enlevé par un homme au bas de son domicile à Grenoble et laissé pour mort, le crâne fracassé, dans une décharge du massif de la Chartreuse. Le petit garçon avait survécu par miracle mais son agresseur n'avait jamais été retrouvé.

Ces trois affaires font partie d'un ensemble de neuf disparitions mystérieuses et de meurtres survenus dans la région dans les années 80, connu sous le terme des «disparus de l'Isère.» C'est l'un des cold-case les plus importants de notre pays. L'enquête menée initialement dans les années 80 sur ces cas a fait l'objet de très nombreuses critiques. Des dossiers y ont disparu, mais, plus grave, des corps humains auraient été détruits sur décision de justice.

La cour demande aux juges de faire «beaucoup» d'investigations.

En novembre dernier, les juges d'instruction chargés des dossiers avaient rendu une ordonnance de non-lieu dans ces trois affaires. Le parquet estimait en effet que tous les éléments d'investigation avaient été exploités dans ces dossiers, que les enquêteurs ne pouvaient mettre la main sur les réponses tant attendues par les proches et que les faits étaient prescrits.

Saisie par les familles, la cour d'appel de Grenoble a estimé tout l'inverse et a spécifiquement demandé aux juges d'approfondir les investigations. Elle a également demandé à ce que les familles soit tenues informées de toute avancée de l'enquête, ce qui n'a selon elles jamais été le cas. «On est très optimistes car c'est la véritable réouverture de l'enquête», s'est ainsi réjoui Me Seban à l'AFP. La cour d'appel a également demandé aux juges «regarder ces affaires en lien les unes avec les autres, de refaire le parcours de criminels ou de personnes arrêtées pour des crimes sexuels dans l'Isère et de confronter un certain nombre de témoignages», a détaillé l'avocat. Ces dernières années, deux autres fameuses affaire non-élucidées ont pu connaître des avancées significatives notamment grâce aux analyses ADN: les meurtres de l'A6 et les disparues de Perpignan.

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Ludovic Janvier a été enlevé le 17 mars 1983 à Saint-Martin-d'Hères près de Grenoble en Isère. Pour sa soeur Virginie, "c'est une grande joie" de voir la réouverture de l'enquête dans l'affaire des disparus de l'Isère.

 

 

La Cour d'appel de Grenoble a ordonné, ce mardi 23 juin, la réouverture de trois dossiers de disparitions d'enfants datant des années 80, infirmant ainsi les non-lieux prononcés. Parmi ces affaires, la disparition de Ludovic Janvier, un petit garçon de 6 ans et demi qui vivait au Mans. Il a été enlevé le 17 mars 1983 à Saint-Martin-d'Hères près de Grenoble en Isère, alors qu'il était parti acheter des cigarettes pour son père.

Virginie Janvier est la seule sœur de la fratrie Janvier, elle est la troisième enfant du couple, Ludovic étant le deuxième. Elle a eu cinq ans le jour de l'enlèvement de son frère, le 17 mars 1983. Elle était ce jour-là en Sarthe, en garde chez sa grand-mère, et a découvert l'affaire en voyant "ses parents pleurer à la télévision", ils avaient déménagé à Grenoble deux mois auparavant.

Elle se souvient avoir "pleuré, je ne sais même pas pourquoi, parce que je ne comprenais pas étant petite. Mais après quand on grandit, on voit bien qu'il manque quelqu'un, qu'il y a un vide. Après, ça a été très difficile pour mon frère aîné, ça l'est toujours, c'est très douloureux pour lui (...) Il a la sensation de ne pas avoir protégé mon grand frère alors que ce n'est pas de sa faute".

Virginie voit la réouverture de l'enquête comme un nouvel espoir : "Il y a encore des choses qui n'ont pas été faites. On l'a toujours dit, il y a des choses qui ne sont pas allées jusqu'au bout, des pistes qui n'ont pas été explorées (...)" notamment celle ci : "Quelques temps après l'enlèvement de Ludovic, quelqu'un a contacté la juge en disant que Ludovic était dans une bonne famille, que tout allait bien, qu'il fallait rassurer la famille"

32 ans après les faits, Virginie dit toujours "y croire" car "aujourd'hui on ne peut pas dire qu'il soit décédé puisqu'on n'a pas de corps, on n'a rien..."
 

Les disparus de l'Isère

Les disparus de l'Isère, ce sont 10 affaires non élucidées dont les victimes sont toutes des enfants : 6 meurtres, 1 tentative de meurtre et 3 disparitions intervenues entre 1983 et 1996.
A l'époque, on pense qu'il s'agit peut-être des agissements d'un tueur en série - des moyens d'investigations supplémentaires sont dégagés et en 2008, une cellule d'enquête spécifique est créée, et baptisée Mineur 38.

En juillet 2013, ses travaux aboutissent à l'arrestation d'un homme de 37 ans, accusé du meurtre de 2 fillettes, l'hypothèse du tueur en série est abandonnée...
Un an plus tard, en novembre 2014, rien de nouveau dans les autres affaires, le procureur de la République de Grenoble prononce alors un non lieu sur les disparitions de  Ludovic Janvier en mars 83, de Charazed Bendouiou en 1987,  et la tentative d'enlèvement de Grégory Dubrulle laissé pour mort en 1983.

Une décision insoutenable pour les familles qui ont fait appel et dont la demande aboutit aujourd'hui avec la réouverture des enquêtes ordonnées par la chambre d'instruction de la cour d'appel de Grenoble.

 

 

 

Disparus de l’Isère : vers une poursuite de l’enquête ?

 

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C’est probablement l’une des audiences de la dernière chance pour qu’un jour, peut-être, se dissipe enfin le mystère qui entoure toujours les disparitions de Charazed Bendouiou, 10 ans, le 8 juillet 1987 à Bourgoin-Jallieu, et Ludovic Janvier, 6 ans, le 17 mars 1983 à Saint-Martin-d’Hères.

 

 

Charazed Bendouiou et Ludovic Janvier : deux “disparus de l’Isère” pour lesquels les familles demandent la réouverture des enquêtes.  

 

Obtenir l’annulation des non-lieux

 

Ce mercredi, leurs familles et l’un de leurs avocats, Me Didier Saban, vont être entendus par la chambre de l’instruction de Grenoble en vue d’obtenir la réouverture des dossiers.

Ils avaient été confiés à une cellule d’enquête baptisée “Mineurs 38”, mise en place en 2008 pour tenter de résoudre six meurtres d’enfants et trois disparitions, plus une tentative d’homicide, tous commis en Isère. Depuis, deux de ces meurtres ont été élucidés en juillet 2013. Il reste sept cas de disparitions ou de meurtres d’enfants non résolus à ce jour.

Courant novembre 2014, des non-lieux avaient été prononcés dans les affaires de disparition de Charazed et de Ludovic, ainsi que dans une troisième : la tentative d’homicide de Grégory Dubrulle, enlevé en juillet 1983, qui est le seul “rescapé” de cette macabre série.

Cette décision de clore les dossiers avait été qualifiée d’« insoutenable » par les familles des enfants disparus. « Un scandale ! », nous avait même confié Férouze Bendouiou, sœur de Charazed. « Nous avions aussitôt interjeté appel car rien n’empêche de poursuivre ces dossiers qui ne sont pas prescrits en matière d’enlèvement. Car c’est bien d’enlèvement dont il s’agit, étant donné qu’aucun corps n’a été retrouvé », argumente Me Corinne Herrmann, du cabinet Saban. L’avocate souligne également que certaines prescriptions émises par les gendarmes de la cellule “Mineurs 38” n’ont pas été suivies par les juges d’instruction. « Il s’agit d’avis d’analystes très pointus : des vérifications à effectuer, des pistes à explorer, des véhicules à rechercher, des personnes à réentendre, des témoignages extrêmements importants à exploiter ou encore des rapprochements à effectuer. Il s’agit d’éléments concrets, et non pas d’un subterfuge dans le seul but de maintenir ces dossiers en vie. Du travail important reste à réaliser dans chacun de ces trois dossiers », assène l’avocate qui a revisité trente ans de procédure pour chacune des affaires.

L’audience d’aujourd’hui à Grenoble pourrait durer plusieurs heures. L’arrêt de la chambre est attendu dans les semaines à venir.