Enfants disparus : comment les enquêteurs travaillent-ils pour les retrouver ?

Dans cet article, le journaliste écrit que "certaines associations " souhaitent qu'une Alerte Disparition soit créée. Lorsque vous cliquez sur le lien, aucune association n'est citée sur cette page Facebook. Il serait bien que ces dites  "associations" puissent se présenter ouvertement  afin de présenter un projet qui pourrait avoir un écho. Néanmoins, une telle alerte ne pourrait être mise en place avec la même efficacité que l'alerte enlèvement car ce qui fait la réussite de ce plan est justement sa rareté. 14 alertes depuis sa création en 2007 couronnées de succès. 

 

Thierry Coulon

Président-fondateur

de l'ARPD

 

 

Des équipes de recherche traquent la piste du petit Marcus, deux ans, disparu vendredi à Butry-sur-Oise.

Il y a environ un millier de disparitions inquiétantes de mineurs par an. Une d'entre elles restera un mystère complet. L'écrasante majorité des autres mineurs sont retrouvés dans les quarante-huit heures suivant leur disparition.

Pourquoi les premières heures sont-elles cruciales lors d'une disparition?

Comme dans toutes les enquêtes de police, le temps est un ennemi. Comment exploiter les indices si la pluie a balayé tous les ADN d'une scène d'enlèvement, comment juger crédible un témoignage si la mémoire de l'intéressé flanche, plusieurs semaines après les faits? «D'autant plus dans les cas d'enlèvements, le ravisseur peut avoir le temps de quitter notre pays ou, s'il s'agit d'un prédateur sexuel d'infliger des sévices à sa victime», explique Jean-Marc Bloch, ancien directeur de la SRPJ de Versailles et auteur Des deux côtés du miroir.

Il faut toutefois savoir qu'environ 40.000 mineurs fuguent tous les ans. Un tiers d'entre eux sont retrouvés dans les 48 heures suivant leur départ. La grande majorité de fugues de mineurs est l'oeuvre de jeunes placés en foyer ou familles d'accueil. Toutes ces fugues ne sont pas qualifiées de «disparition inquiétante» par les enquêteurs, parce que la vie du jeune n'est pas nécessairement menacée. La police n'aura en effet pas la même réaction face à un adolescent de 17 ans, déjà autonome, parti de son propre chef et face à la disparition subite d'une fillette de 5 ans.

Ainsi en 2014, 1077 disparitions inquiétantes de mineurs ont été signalées. «Quand la police croit fermement à la fugue d'un adolescent, elle peut commencer par indiquer aux parents d'être patients, d'attendre que leur enfant revienne de lui-même», explique Anne Larcher, directrice du Centre français de protection de l'enfance. «Le danger est là pour les enquêteurs, poursuit Jean-Marc Bloch. c'est de poser un mauvais diagnostic. Si nous croyons à une fugue alors qu'un jeune est en réalité séquestré, nous pouvons perdre un temps précieux.» Les enquêteurs ont ainsi pu estimé qu'en cas d'enlèvement, de séquestration ou de détournement, les premières 24 heures sont cruciales dans la survie de la victime.

•S'il y a bien disparition inquiétante, quelles sont les suites?

La police diffuse généralement un appel à témoins, afin de retrouver la trace du mineur disparu. «Les enquêteurs vont également passer beaucoup de temps avec les proches, qui sont les détenteurs les plus importants d'informations, poursuit Jean-Marc Bloch. Les proches nous donnent souvent bien davantage de clefs que les appels à témoins.» Les enquêteurs peuvent ensuite procéder à des vérifications minutieuses de la zone de disparition, avec des hélicoptères avec caméras thermiques et des chiens dressés pour renifler l'odeur de la personne disparue. Le parquet pourra ensuite décider d'étendre la zone de recherche. La population peut être appelée en renfort, comme ce fut le cas le week-end dernier pour Marcus. Au fur et à mesure du temps, les techniques de recherche vont évoluer. Ainsi pour Lucas Tronche, jeune adolescent disparu depuis plus d'un mois dans le Gard, les enquêteurs ont récemment décidé de fouiller à nouveau les alentours de son domicile. Mais cette fois ci, la fouille a été plus approfondie, il s'agissait de chercher derrière chaque buisson et dans chaque grotte, car ils étaient à la recherche éventuelle d'un corps.

Pourquoi certains enfants font l'objet d'une alerte enlèvement et d'autres non?

L'alerte enlèvement a été déclenchée avec succès la semaine dernière pour retrouver Bérényss.. Pour le père de Marcus, jeune garçon de deux ans porté disparu depuis 4 jours, il est incompréhensible qu'elle ne le soit pas à nouveau pour son enfantLe plan n'est en effet activé que si plusieurs critères sont réunis: il faut un enlèvement avéré et pas une simple disparition, la victime doit être mineure et son intégrité physique ou sa vie doivent être en danger, des éléments d'information doivent permettre de localiser l'enfant ou le suspect et les parents du disparu doivent avoir donné leur accord au lancement de l'alerte. Certaines associations plaident en faveur de la création d'une «alerte disparition inquiétante». «Mineurs et majeurs confondus, il y a environ 50.000 disparitions par an en France, réagit Jean-Marc Bloch. Vous imaginez un dispositif comme l'alerte enlèvement déclenché autant de fois par an? Le dispositif perdrait tout son intérêt et n'aurait plus aucune efficacité.»

Jusqu'à présent, l'alerte enlèvement s'est révélée efficace dans tous les cas en permettant de retrouver les enfants enlevés. Il est largement inspiré du plan «Amber Alert», créé au Texas en 1996, après l'enlèvement et l'assassinat de la petite Amber Hagerman. Adopté en France en février 2006, il consiste à lancer en cas de rapt d'enfant mineur une alerte massive via une cinquantaine de canaux de diffusion pour mobiliser la population dans la recherche de l'enfant enlevé et de son ravisseur.

Quel pourcentage d'enfants ne retrouve-t-on jamais?

Il y a environ un mineur disparu par an dont on perd totalement la trace. Il ne s'agit pas uniquement de jeunes enfants enlevés il y a aussi d'anciens mineurs en fugue devenus majeurs, dont on estime qu'ils ont décidé de changer de vie, à l'étranger souvent. «Pour les fugueurs devenus majeurs, il est extrêmement difficile pour les familles de continuer à faire pression auprès des enquêteurs pour que les recherches se poursuivent. Souvent ce sont des jeunes filles, dont on a cru au départ qu'elles avaient fugué pour rejoindre un homme. Le temps passe et elles ne reviennent jamais. Une fois majeures, elles sortent du fichier des personnes disparues», regrette Anne Larcher. Dans certains cas «il s'agit de disparitions d'enfants pour lesquelles on ne retrouve aucune trace, poursuit Jean-Marc Bloch. C'est notamment le cas d'Estelle Mouzin, ou Aurore Pinçon. Dans ces cas hélas, l'espoir de retrouver vivant ces enfants plus de dix ans après est quasiment nul. Leurs corps ont pu être enterrés et dissimulés. Je ne crois pas qu'elles puissent être retenues si longtemps dans des réseaux», indique l'ancien enquêteur.