Une enquête explore le devenir des victimes d’abus sexuels

Un colloque sur les violences sexuelles est organisé lundi 2 mars au Sénat par l’association Mémoire traumatique et victimologie.

À cette occasion, une enquête fait la lumière sur les parcours de vie des victimes, dont la prise en charge est encore lacunaire.

 

Les résultats font froid dans le dos. À l’occasion d’un colloque organisé lundi 2 mars au Sénat, l’association Mémoire traumatique et victimologiepublie, avec le soutien de l’Unicef France, une enquête sur le devenir des victimes d’abus sexuels. Menée par questionnaire auprès de 1 214 personnes (1), cette étude inédite met en lumière les trajectoires de vie de ces personnes. On y découvre à la fois l’ampleur des séquelles et les lacunes de la prise en charge, alors même que ces violences concernent 260 000 personnes par an.

 

DES CHIFFRES EN-DESSOUS DE LA RÉALITÉ

« Il s’agit d’une estimation, car nous n’avons pas de données précises. Ce chiffre est sans doute en dessous de la réalité », remarque la psychiatre Muriel Salmona, qui a fondé en 2009 l’association Mémoire traumatique et victimologie.

Premier enseignement : les abus sexuels interviennent dans la grande majorité des cas dans l’enfance. Ainsi, 81 % des victimes déclarent avoir subi ces violences avant 18 ans, 51 % avant 11 ans et 21 avant 6 ans. En cas d’atteinte sur mineur, l’agresseur n’est pas un inconnu : dans 94 % des cas, il fait partie du cercle des proches.

Pour les victimes, les conséquences sont très lourdes. 42 % des personnes interrogées déclarent avoir fait au moins une tentative de suicide et 65 % jugent l’impact des violences sexuelles sur leur qualité de vie « important à très important ».

DES EFFETS MULTIPLES

 

Les effets sont multiples, à la fois sur leur santé physique et mentale :« Pathologies psychiatriques, cardio-vasculaires, pulmonaires, endocriniennes, auto-immunes et neurologiques ainsi que des douleurs chroniques et des troubles du sommeil », liste les auteurs de l’étude. Selon Muriel Salmona, « le triptyque viol-inceste-victime mineure est catastrophique ».

D’où l’importance d’une prise en charge précoce et adaptée. Mais là encore, l’enquête fait d’alarmants constats. Alors que seuls 22 % des sondés ont bénéficié d’une prise en charge rapide à la suite des violences subies, nombre d’entre eux témoignent d’un déni, tant du côté de la police et de la justice que du côté du monde médical.

À cet égard, les victimes mettent en moyenne treize ans à bénéficier de soins satisfaisants… Et un tiers reste sans soutien véritable, ne trouvant pas de psychiatres ou de psychothérapeutes formés à la question des violences sexuelles.

DES TRAITEMENTS EXISTENT

 

« C’est d’autant plus frustrant que des traitements existent et qu’ils sont efficaces, souligne Muriel Salmona. On pourrait éviter à ces personnes d’être en souffrance, de se marginaliser, d’être en arrêt de travail… La société à tout à y gagner », explique-t-elle.

Son association fait ainsi plusieurs propositions, comme la mise en place« dans chaque bassin de 200 000 habitants » de centres spécifiques offrant des soins adaptés et gratuits ainsi qu’un accompagnement global (social, judiciaire, associatif) et la formation « en urgence » des professionnels de santé à ces problématiques.