Violence sexuelle Le rapport accablant de l’Unicef

11.599 mineurs victimes d’abus entre 2007 et 2012
 
Impunité et laxisme judiciaire

 

L’Oriental enregistre le plus grand nombre de cas!

 

Le rapport de l’Unicef sur la violence sexuelle infligée aux enfants est sans appel. Préparé en collaboration avec l’association Amane et présenté vendredi dernier à Rabat, ce rapport relève l’ampleur du drame : pas moins de 11.599 mineurs dont 70% de sexe féminin ont été victimes d’abus sexuels entre 2007 et 2012. Ce sont particulièrement les enfants âgés de 15 à 18 ans qui en ont été les victimes. Viennent ensuite les mineurs de 12 à 15 ans puis ceux âgés de moins de 12 ans. Toutefois, ce chiffre ne reflète pas l’ampleur réelle de ces violences en raison de l’absence d’un système national de collecte de données. D’autant plus que «la violence sexuelle revêt encore un caractère tabou, n’encourageant pas les parents à dénoncer et déclarer 

 

Violence sexuelle Le rapport accablant de l’Unicef

 

revêt encore un caractère tabou, n’encourageant pas les parents à dénoncer et déclarer les actes d’abus infligés à leurs enfants», précise Bachir Amour, responsable à la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN). Regina De Dominicis, représentante de l’Unicef au Maroc, abonde dans le même sens : «L’absence de certitude en matière de sanctions pénales n’encourage pas les parents à déclarer les cas de violences sexuelles. Ce qui favorise la propagation de ces actes». Sans oublier que les auteurs de ces crimes sont parfois des parents, comme le confirme l’étude. Le document souligne également que ce sont généralement des proches des victimes, notamment des voisins et des employeurs qui sont à l’origine de ces actes, selon les données recueillies auprès de la DGSN. Concernant leur profil, le rapport relève que la violence sexuelle est dans la majorité des cas commise par des adultes de sexe masculin  (86%).
Quel que soit le profil, «l’impunité et le laxisme judiciaire restent les principales causes de ces crimes». Ceci étant, les différents intervenants ont insisté sur l’importance de réviser la législation afin de renforcer les sanctions pénales et prévoir le dédommagement des familles. Les autres causes de la violence sexuelle sont liées à des facteurs davantage environnementaux de l’enfant comme l’abandon du rôle éducatif par la famille, les disparités sociales et géographiques ou encore l’absence d’éducation sexuelle à l’école. De même, «l’ancrage insuffisant de la culture des droits de l’enfant et la résistance du patriarcat en dépit des dispositions normatives mettant la famille sous la responsabilité des deux époux, constituent d’autres facteurs favorisant la violence sexuelle à l’encontre des enfants», précise le document.

 

Les auteurs du rapport s’arrêtent aussi sur le mariage précoce qu’ils considèrent comme l’une des formes de violence sexuelle. Un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur. La preuve : les données de cette étude montrent que pas moins de 35.152 actes de mariage de mineurs ont été conclus en 2013 contre 18.341 en 2004, soit une hausse de 91,6%. Là encore, ces proportions ne traduisent  pas la réalité dans la mesure où beaucoup de mariages se font encore uniquement par la lecture de la Fatiha.
Le rapport pointe d’autres formes de violence sexuelle. Il s’agit notamment de la traite des enfants à des fins d’exploitation sexuelle. Il fustige également une nouvelle forme d’abus qui commence à voir le jour au Maroc avec le développement des technologies de l’information et de communication. «Il s’agit de sollicitations en ligne, notamment via les réseaux sociaux, qui consistent à gagner la confiance de l’enfant dans le but de le leurrer et l’abuser sexuellement», lit-on dans le document.
Par répartition géographique, notons que la ville d’Oujda a enregistré le plus grand nombre de cas de violences sexuelles (2.602) sur la période 2007-2012. Elle est suivie par Casablanca avec 1.891 cas. Settat, Meknès et Kénitra enregistrent respectivement 974, 887 et 677 cas.

 

Poursuites judiciaires

 

Entre 2011 et 2012, près de 18.841 personnes ont été poursuivies devant les tribunaux pour violence à l’encontre des enfants. Sachant que 4.562 d’entre elles sont poursuivies pour abus sexuel.
Le reste est inculpé pour homicide volontaire et involontaire ou d’autres types de violence, notamment psychologique.