Vraies-fausses affiches de disparus: les intermittents revendiquent un acte «militant»

Des avis de recherche avaient été placardés au début du mois à Lille et dans une quarantaine de villes en France. En fait une action des intermittents, comme l’avait révélé La Voix du Nord (notre édition du 8 octobre), que des militants des arts du spectacle ont revendiqué, et assumé, ce mardi après-midi.

Les intermittents des arts de la rue revendiquent leur opération «Disparition» sur la Grand-Place de Lille. PHOTO STÉPHANE MORTAGNE VDNPQR

À 14 h, sur la Grand Place de Lille au pied du Théâtre du Nord, une dizaine d’intermittents installent un auvent, collent des affiches annonçant la « disparition » ou « l’abandon social » de telle profession (comédien, technicien lumière mais aussi magazinier interimaire). Les mêmes que celles qui avaient fleuri au début du mois à Lille et dans d’autres villes de France. De faux avis de recherche qui étaient en fait de vraies annonces d’une sorte de représentation artistique, tant pis si elles ont été interprétées par de nombreuses personnes - les associations de familles de personnes disparues en tête - comme un canular de mauvais goût.

L’action, nationale, n’a pas été soutenue par la CGT-Spectacle, pas plus qu’elle n’a fait l’unanimité au sein des coordinations régionales d’intermittents, comme celle des Interluttants 59-62. Mais elle a été coordonnée par un petit groupe d’intermittents des arts de la rue et de salariés de structures permanentes - il existe onze centres nationaux des arts de la rue, dont Le Boulon à Vieux-Condé dans la région.

 

 

« Susciter une forte émotion »

Selon les intermittents mobilisés, il s’agirait d’une action plus vaste que celle menée depuis plusieurs mois qui vise à contester la convention d’assurance chômage dans son ensemble, qui change notamment le mode d’indemnisation des intermittents. « C’est une action militante, dont le but était de susciter une forte émotion. Nous comprenons que l’utilisation du phénomène de la « disparition » peut avoir blessé des personnes réellement dans le désarroi, mais nous voulions témoigner de l’impuissance à se faire entendre dans notre société et lancer un appel au secours en forme de débat face à la disparition de notre métier et de nombreux autres », explique-t-on parmi la poignée d’intermittents du Nord - Pas-de-Calais réunis devant le Théâtre du Nord.

L’installation massive d’affichettes dans les différentes villes était en fait une « performance artistique » du trio Boijeot-Renauld-Turon, mêlant art et politique et « cherchant l’envahissement des espaces publics et la mise en émoi de la société », expliquent dans un communiqué de presse les centres nationaux des arts de la rue les soutenant. Depuis cet après-midi, quand on compose le numéro de téléphone portable inscrit sur les affichettes, on peut entendre un message du trio expliquant sa démarche : « Si les avis sont fictifs, ils témoignent de disparitions sociales bien réelles. »

Les intermittents mobilisés proposent aux badauds passant sur la Grand-Place de Lille de s’approprier les affichettes en y mettant leur propre photo...