Assassinat d'Agnès Marin : Matthieu jugé en appel

Frédéric Marin, père d'Agnès "ma réalité s'arrête à la pierre tombale de ma fille"

Alors que s'ouvre aujourd'hui le procès du meurtrier d'Agnès Marin, cette jeune mineure de 13 ans violée, tuée puis brûlée par l'un de ses camarades du collège Cévenol à Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) en novembre 2011, le père de la victime s'est confié devant les caméras d'i>TELE. Un témoignage exclusif.

"La première qui a été condamnée à perpétuité, c’est ma fille"

"Elle a été condamnée, jugée, exécutée en deux heures de temps, par l’homme qui sera nouvellement jugé à partir de lundi, je vis ça aussi mal qu’on peut le vivre."

Frédéric Marin a conscience de l'importance de ce procès en appel. Dès les premières réponses accordées à Sophie Neumayer, le décor est planté. "Je fuis. En même temps, je dois y aller". "C'est ma fille qui s'est retrouvée brûlée au milieu d'une forêt, seule, alors qu'elle n'avait rien fait, ni à ce monsieur, ni à personne".

"J'y vais pour rappeler à la justice qu'il y a une victime, ma fille"

Frédéric Marin veut être certain que la justice n'oublie pas qui est Agnès. A plusieurs reprises, il va marteler cette phrase lors de notre entretien. Il y a une victime, une seule victime. Sa fille Agnès.

"Ma réalité s'arrête à la pierre tombale de ma fille"

Lorsqu'il est question de savoir si le système judiciaire pourrait à nouveau donner une chance à Matthieu notamment en raison de sa minorité au moment des faits, Frédéric Marin, le père d'Agnès, est catégorique : "ce qui me pose problème, c'est qu'autant d'experts aient pu affirmer des choses fausses, la personne dont nous parlons, Matthieu, au moment où il exécute ma fille, sa minorité est extrêmement relative. 18 ans moins un mois."

En 18 mois, entre août 2010 et novembre 2011, Matthieu a "réussi à violer sous la menace d'un couteau deux fois, et a réussi la deuxième fois à ne pas laisser de témoins" pour Frédéric Marin.

Sa réalité s'arrête "à la pierre tombale" de sa fille. "Et la façon dont elle est arrivée sous cette pierre". Frédéric Marin confie ne pas avoir pu voir sa fille, placée dans une boîte en métal du fait de la violence des sévices reçus et l'affaire judiciaire en cours. "Quand vous êtes dans l'état où elle était, on vous met dans une boîte en métal scellée, puis dans une caisse en bois".

"On n'avait pas l'impression que ça le touchait plus que ça"

Souvenirs du procès en première instance, Frédéric Marin une fois de plus rappelle les faits avec émotion. Lors du récit des faits de l'assassinat de sa fille, Matthieu s'était penché, la tête entre ses mains. "Pardon monsieur le Président, j'ai eu un coup de fatigue". Ces mots résonnent encore à l'esprit du père d'Agnès.

Pour Frédéric Marin, la sanction doit être "exemplaire", car "les deux crimes reprochés sont exemplaires, exceptionnels, parce que ce qu'il a fait dépasse de loin ce que les professionnels de la justice voient".

Veut-il prendre le risque de limiter cette peine et de voir ressortir un jour Matthieu dans la rue ? "J'ai perdu ma fille, je laisse le soin aux autres qui ont encore une fille de se poser la question".

En un coup de fil, sa vie a "basculé" selon ses termes. "Comment a-t-on pu se retrouver avec Matthieu, en liberté dans un établissement mixte, alors qu'il venait de violer sous la menace d'un couteau", s'interroge-t-il.

"Comprendre pour faire changer les choses"

Comprendre, comprendre pour les autres. Comprendre pour que ça n'arrive plus. Frédéric Marin ne se dit pas "idéaliste", mais cherche à faire bouger les choses collectivement. Comprendre comment ces événements se sont enchaînés pour en arriver à ce que sa fille Agnès se retrouve "seule, au milieu de forêt, avec un individu qui lui a fait subir des choses qu'il ne vaut mieux pas décrire".

"Je serai là pour parler de ma fille aimée, il est important qu’on parle d’elle"

Lorsqu'il est question d'évoquer ce nouveau procès, et le nouveau face-à-face que Frédéric Marin devra affronter face au meurtrier présumé de sa fille, le père d'Agnès n'est pas serein. "Juridiquement, il y a une victime, mais socialement, votre vie bascule".

"La vie de ma fille a été rayée par un trait de plume, dans des conditions abjectes, je ne me pose pas la question de la décision, quelle sera la condamnation, je serai là pour parler de ma fille aimée, et je vais avoir un grand plaisir de parler d’elle"

"Je ne sais pas pourquoi c’est elle, mais je veux absolument qu’elle soit au centre du pourquoi ce monsieur est derrière les barreaux, et pourquoi il doit y rester définitivement."

Frédéric Marin rappelle une phrase entendue lors du procès en première instance. Sur procès-verbal, Matthieu a en effet déclaré à l'époque "gardez-moi en prison, sinon je vais recommencer".

Frédéric Marin sera là pour rappeler que sa fille doit rester au coeur de ce procès, "c'est son procès". "On lui a donné une chance, il a violé, on l’a laissé sortir, 18 mois après il recommençait et cette fois-ci il ne laissait pas de témoins. Chacun se fera son opinion".

Michael Jovanovic (@digi__mike) - Propos recueillis par Sophie Neumayer (@SophieNeumayer)

JUSTICE - Condamné à la perpétuité en première instance, le violeur et meurtrier d'Agnès Marin, une jeune collégienne dont le corps avait été retrouvé carbonisé dans une forêt de Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) en 2011, est rejugé à partir de lundi devant les assises de Riom (Puy-de-Dôme).

Agnès Marin a été tuée en 2011 dans une forêt de Chambon-sur-Lignon.

Agnès Marin a été tuée en 2011 dans une forêt de Chambon-sur-Lignon.

En juin 2013, Matthieu était condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour le viol et l'assassinat en 2011 d'Agnès Marin, 13 ans. Un verdict rarissime qui n'avait été jusque-là prononcé qu'une seule fois à l'encontre d'un mineur, Patrick Dils. Le jeune homme de 17 ans avait alors fait appel. Lundi, il sera à nouveau jugé devant les assises de Riom (Puy-de-Dôme).

Récidive et manquement

A l'époque des faits, Matthieu avait intégré le collège Cévenol, après quatre mois de détention provisoire pour le viol sous la menace d'une arme d'une jeune fille de 15 ans dans le Gard. Selon un scénario quasi similaire, il avait entraîné Agnès, également pensionnaire de l'établissement, dans une forêt du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire). Le jeune homme, qui était allé jusqu'à participer aux recherches après le signalement de sa disparition, avait rapidement été placé en garde à vue. Le lendemain, il craquait et conduisait les enquêteurs jusqu'au corps carbonisé de sa victime. L'autopsie dénombrera dix-sept coups de couteau dans le thorax et à la tête. Son ADN sera également retrouvé dans une tache de sang.

Une nouvelle fois, la personnalité de Matthieu, accro aux stupéfiants et aux jeux vidéo et qualifié par les experts de garçon "aux traits pervers très actifs et effrayants", sera au cœur des débats. Tout comme les failles du contrôle judiciaire strict assuré par la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) du Gard. Un pédopsychiatre montpelliérain avait en effet conclu à la non-dangerosité de Matthieu qui avait été alors jugé apte à intégrer cet internat protestant, dont l'encadrement avait ensuite été pointé du doigt. Les dirigeants de l'établissement, qui a depuis fermé, ont toujours affirmé ne pas avoir eu connaissance de la nature exacte des faits reprochés à Matthieu. Le verdict est attendu le 10 octobre.