Une disparue, un suspect et pas de corps

Vabre-Tizac (12) - deux ans d'affaire wilson

La maison de Patricia Wilson./Photo DDM, archives JPC.

La maison de Patricia Wilson./Photo DDM, archives JPC

 

Le 14 août 2012, Patricia Wilson disparaissait de son domicile des Landes-Basses à Vabre-Tizac. Suspecté de meurtre, du fond de sa prison, Jean-Louis Cayrou clame toujours son innocence…

Aux Landes-Basses, entre Vabre-Tizac et Saint-Salvadou, les maïs camouflent la maison de Patricia Wilson, habitée aujourd'hui par celui qui fut son compagnon, Donald Marcus (lui qui, après que nous l'ayons contacté en début de semaine, a refusé de parler aux journalistes de «La Dépêche»).

Comme si, en dictant sa loi, le temps tentait d'effacer les stigmates de cette douloureuse affaire qui s'est nouée, ici, dans la nuit du 14 août 2012.

Il faisait chaud en cette mi-août 2012. Si chaud que dans les fermes du Ségala les volets restaient clos pour tenter de maintenir un embryon de fraîcheur à l'intérieur. Ce sont d'ailleurs les fenêtres grandes ouvertes de la maison de Patricia qui alertèrent une voisine. Arrivant dans la cour, pas âme qui vive. Dehors, apeurés, les deux chats de la propriétaire tournent en rond…

En pénétrant dans la pièce principale, elle découvrit de nombreuses traces de sang et une pièce sens dessus dessous. Mais point de Patricia.

L'ENQUÊTE confirmera que «la grande quantité de sang trouvée dans la maison a été identifiée comme celui de cette sexagénaire, confortant ainsi la piste d'un meurtre». Or, d'après les premiers éléments de l'enquête, il n'y aurait pas eu de vol.

Après avoir mené des investigations dans le voisinage, les gendarmes de la compagnie de Villefranche et ceux de la section de recherches de Toulouse interrogeront longuement Jean-Louis Cayrou, un jardinier, originaire d'un canton voisin, travaillant chez de nombreux Britanniques, qui aurait, quelques semaines durant, entretenu une liaison avec la victime. Cependant, Patricia Wilson avait confié à des amies son intention de rompre.

De témoin, celui-ci deviendra très vite - suite à la confrontation d'éléments - aux yeux des enquêteurs le suspect «numéro 1». Au terme de la garde à vue, le 25 août 2012, le juge du pôle de l'instruction criminelle mettra en examen du chef d'homicide volontaire avec préméditation et fera placer en détention provisoire le suspect*. D'abord à la maison d'arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone, puis à celle Nîmes et aujourd'hui à celle d'Albi.

Mais Jean-Louis Cayrou n'a de cesse, comme le rappelle avec force son avocat Me Lévy, du barreau de Toulouse, et comme il l'écrit à Christiane Taubira, de clamer son innocence (lire ci-dessous). Aux yeux de l'avocat du suspect, les zones d'ombre restent très nombreuses dans ce dossier. Ainsi a-t-il demandé des compléments d'auditions et d'investigations. Mais pour le PARQUET de Montpellier instruisant cette affaire de meurtre sans corps, les faisceaux de présomption, notamment la quantité de sang retrouvée aux Landes-Basses, attestent du décès de Patricia Wilson et mettent en cause Jean-Louis Cayrou. Sur fond de crime passionnel…

Reste qu'après des semaines de recherches, après avoir passé au peigne fin les secteurs de Sanvensa, Saint-Salvadou, Lunac, Vabre-Tizac, du Viaur jusqu'à La Salvetat, commune sur laquelle vivait le suspect, à aucun moment les enquêteurs n'ont retrouvé le corps de la sexagénaire anglaise. On sait que début 2014, de nouvelles recherches furent lancées, sans qu'elles n'aboutissent à quelque chose de concret.

*Toute personne mise en examen bénéficie de la présomption d'innocence.

«Je suis innocent, rendez-moi la liberté»

Le 27 août dernier, Jean-Louis Cayrou a écrit à Christiane Taubira, ministre de la Justice. Dans cette lettre ouverte, avec ses mots il clame son innocence : «Je suis détenu depuis deux ans pour un crime que je n'ai pas fait…» Revenant sur les refus des juges de libérer sous contrôle judiciaire, il réfute les propos qu'aurait tenus le procureur lors de l'audience du 20 août 2013. «Le procureur a dit des choses qui me révoltent : dissimulateur, menteur, il a refusé de collaborer avec la justice et si vous le libérez je ferai appel.» La suite, elle est connue, depuis près de douze mois, Jean-Louis Cayrou est à nouveau détenu. Aussi, dans sa missive, «l'écrou 15 900 de la maison d'arrêt d'Albi», entend-il livrer ses vérités sur cette affaire. «C'est vrai que lorsque j'ai découvert du sang partout dans la maison, j'ai eu peur parce que j'avais touché ce sang dans le noir, sans le faire exprès. Je savais que si j'appelai les gendarmes, je serai tout de suite considéré comme un coupable.» Et de poursuivre : «Par contre, dès que j'ai su qu'ils me cherchaient, je me suis présenté spontanément avec ma voiture, et depuis j'ai beau crier mon innocence, je suis en prison… Je me suis garé le soir même devant la gendarmerie, mais elle était fermée. Est-ce le comportement d'un coupable ?» Il revient aussi sur l'épisode de la maison d'arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone : «J'ai même été tabassé par deux détenus et sous la violence de leurs coups, j'ai dit n'importe quoi, parce qu'ils voulaient que j'avoue ce crime. Dès que j'ai été devant le juge, j'ai nié ces prétendus aveux et le juge m'a changé de prison.»

La piste de l'étrange C15 blanche

«Les détenus avaient les numéros de portable des enquêteurs», accuse Jean-Louis Cayrou tout en déplorant : «Par contre, on n'a pas cherché la voiture que j'ai croisée dans l'allée conduisant à la maison de Mme Wilson le soir de sa disparition : une C15 blanche. On n'a pas cherché, non plus, pourquoi malgré les scellés, la maison avait été cambriolée, sans qu'aucun objet de valeur ne disparaisse. Pourquoi ?» Un peu plus loin, le suspect considère que «le harcèlement des juges de Montpellier, contre moi, n'existe que parce que L'ENQUÊTE n'a rien donné. Le corps de Mme Wilson n'a pas été retrouvé et je suis en prison parce que ce soir-là, je suis allé rejoindre Mme Wilson, que je suis tombé sur une scène ensanglantée et que j'ai eu peur…»

Jean-Louis Cayrou conclut sa lettre en suppliant la garde des Sceaux : «Rendez-moi ma liberté. Permettez-moi de me défendre libre devant les juges. Je ne fuirai pas car je suis innocent».

De son côté, le PARQUET montpelliérain fait du crime passionnel la pierre angulaire de l'instruction. Lors de leurs investigations autour de Jean-Louis Cayrou, les enquêteurs pointèrent différents faisceaux les poussant à tendre vers cette hypothèse. La découverte de l'ADN de Patricia Wilson retrouvé sur un tendeur qui était dans la voiture du suspect, une lampe frontale tachée de sang, les nombreuses griffures sur le corps et une blessure à la main… apparaissaient, à leurs yeux, comme autant d'éléments plaidant en défaveur du jardinier. Selon des informations émanant du parquet de Montpellier, l'instruction arriverait dans sa phase finale. Et l'ordonnance de mise en accusation pourrait être prête d'ici la fin de l'année. Avec un jugement aux assises de Rodez pouvant intervenir dans le courant de l'année 2015.

Reste, comme dans d'autres affaires, que le corps de la victime - élément prépondérant - n'a toujours pas été retrouvé…


Le chiffre : 14

août 2012> . C'est depuis ce jour que Patricia Wilson a disparu de son domicile de Vabre-Tizac.

«Dans ce dossier, il y a quelque chose qui ne va pas : rien n'a été dit sur le cambriolage de la maison de Patricia Wilson, ni sur la C15 qu'a vue mon client dans l'allée de la maison.»

Me Lévy, avocat de Jean-Louis Cayrou.